1975 est l’année de naissance de l’artiste Johann Madec qui, malgré son encore jeune âge, a déjà eu comme, dit-on, les chats, plusieurs vies : il a travaillé dans des hôpitaux où il a pu observer certains des aspects de la misère qui règne sur cette terre, eu l’occasion de séjourner dans des pays en guerre et constaté malgré lui les ravages que produisent les armes et la folie des hommes (tout le monde n’a pas vécu cela, et c’est le type d’expérience qui vous transforme)… D’où peut-être la quête chez lui de cette forme de recueillement que nécessite la confrontation à la toile, confrontation solitaire et silencieuse, loin des hommes et du bruit qu’ils répandent sur le monde.
Il est peintre depuis toujours, mais a aussi été guitariste et bassiste dans des groupes de death metal (il se rend en pèlerinage tous les ans au Hellfest, c’est son côté religieux). Un peintre au physique de Viking qui aurait renoncé à l’usage de la hache et du bouclier pour privilégier les pinceaux, le couteau, et la toile comme lieu d’autres combats. On retrouve les traces des différentes vies mentionnées dans la peinture de Johann Madec. La prise de risque, le goût du danger déployés dans l’expressivité brute de son travail sont peut-être le reflet de son passé. Mais le terme qui me vient en premier à l’esprit pour qualifier se qui se dégage de ses œuvres est celui de volcanisme. En effet, Johann Madec me semble être l’introducteur et le dompteur de l’activité des volcans en peinture.
On décrit classiquement deux formes de volcanisme éruptif : le volcanisme effusif et le volcanisme explosif. Le volcanisme effusif, caractérisé par l’émission de laves fluides, est représenté dans la peinture de Madec par la présence de ces longues coulées, de ces aplats, de ce corps-à-corps tellurique avec la matière, bataille sans cesse livrée et gagnée contre les nuages de cendres afin que du fond du gouffre et des entrailles de la terre finisse par jaillir la lumière. Le volcanisme explosif, les nuées ardentes, ce sont ces couleurs oranges, brunes, violettes et jaunes enchevêtrées dans un désordre barbare pour aboutir à un équilibre final qui souffle le chaud et le froid en un même moment tel qu’il est miraculeusement enclos dans l’espace de la toile, quelle que soit sa taille (ce qui étonne en effet aussi chez le peintre, c’est l’intensité proprement inouïe qui se dégage de chacune de ses œuvres, une toile de dix centimètres sur dix centimètres semblant dix fois plus grande lorsqu’on la voit reproduite sans indice de taille sur une photographie …).
Il faut prendre le temps d’explorer le travail de Johann Madec, comme on explorerait une nouvelle grotte de Lascaux aux parois vibrantes des lumineux jaillissements d’une peinture combattante, il faut oser s’y frotter au risque de se brûler les yeux et le corps et le cœur et l’âme, de redevenir poussière et cendres, confondu à son tour au volcan.
TEXTE: Eric MÈLE
PHOTOS: Maxime BRETHENOUX